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    Dimanche 21-11-2009

    « Benoît XVI rencontre les artistes »

    Source: Bulletin St Agricol-St Louis n.10

    Le 7 mai 1964 le Pape Paul VI présidant, dans la Chapelle Sixtine, la « Messe des Artistes »  s'exclamait dans son homélie : «  Allons nous refaire la paix ? Aujourd’hui même ? Ici ? Voulons nous redevenir amis ? ».  Evoquant la nécessité d'une « nouvelle alliance avec les Artistes » Paul VI  préparait dans ce propos son « Message aux artistes »  délivré le 8 décembre 1965 où il s'écriait : «  Ce monde dans lequel nous vivons a besoin de beauté pour ne pas tomber dans la désespérance. »

    Le 4 avril 1999 le Pape Jean Paul II adressait, «  à tous ceux qui avec un dévouement passionné cherchent de nouvelles épiphanies de la beauté pour en faire don au monde dans la création artistique », sa Lettre aux Artistes.

    En cette année des 45ème et 10ème anniversaire des textes de ses prédécesseurs,  le Pape Benoit XVI recevra  des artistes «  de son temps » le 21 novembre 2009 dans la Chapelle Sixtine afin de jeter en terre la semence d'un nouveau dialogue entre l'Eglise et le monde de l'Art; cet événement est l'occasion de rappeler aux chrétiens le lien particulier, intense, parfois tourmenté mais constant qui  unit Dieu , créateur qui « tire quelque chose de rien »  à l'artiste, artisan qui «  utilise quelque chose qui existe déjà et lui donne forme et signification » .

    Vu très et trop souvent au travers du prisme d’une certaine morale étroite ou d'ignorance, l’univers artistique est l’objet de vindictes, d’a – priori ou de conformismes sociaux ; il n'est pas encore acquis pour beaucoup de chrétiens que l'Église ait ouvert largement ses portes aux créateurs même s’ils ne signent pas leurs œuvres d’un trait explicitement et authentiquement religieux.

    Ce constat est regrettable car d’une part il prive nombre de chrétiens de vivre l’émotion de la beauté sous ses formes les plus diverses et de goûter à ce dialogue particulier que Dieu veut entretenir avec chacun dans toutes les œuvres de sa création ; d’autre part il est extrêmement réducteur et peu fidèle aux enseignements que le Magistère, des Evêques et des prêtres dispensent patiemment depuis Pie XII,

    Saint François d'Assise a ouvert nos yeux à la contemplation de la Nature, à l'émerveillement devant la Création ; nous pouvons de même contempler et nous émerveiller devant les créations artistiques humaines pour découvrir  à l’école de St Jean Baptiste dans le désert que préparer les chemins du Seigneur par le Beau peut se passer d’un discours explicitement religieux.

    Avant d'entrer plus en avant dans la découverte des textes fondateurs du Magistère sur la Beauté et les Artistes, nous pouvons prendre une image pour montrer la place qui doit être accordée à l’artiste dans notre monde : le soleil et la lune.

    Le soleil, icône de Dieu, rayonne de toute son intensité et de la puissance de son amour mais l’homme moderne, blessé n’est plus capable de le contempler au risque de s’aveugler. La lune se nourrit de la lumière du soleil et la transmet à l’homme d’une façon douce que l’homme est en capacité de contempler ; c’est pourtant bien la même lumière provenant de la même source. Ainsi l’homme moderne n’est-il plus capable de contempler Dieu en face à face et l’artiste peut jouer le rôle de la lune, nous transmettre la lumière divine dans ses œuvres, d’où l’expression : «  Le Beau est l’éclat du Vrai ».

    Le grand romancier russe Fiodor DOSTOÏEVSKI écrivait «  Aimez toute la création de Dieu, tout l’ensemble jusqu’à la moindre poussière. Si vous aimez chaque chose vous comprendrez le mystère de Dieu  dans les choses. » Et de dire encore: « L’art sauvera le monde », qu’il déclina aussi sous l’affirmation «  la Beauté sauvera le monde », en unissant intimement  la beauté à l’art et à la création divine, ce qui s’écrit aussi : « le Beau est l’éclat du Vrai ».

    Pie XII fut le premier Pape qui exprima de façon explicite le dialogue vital entre l'Eglise et l'Art ; en avril 1952, s’adressant aux artistes de l’exposition «  Quadriennale romaine » il soulignait  à quel point le travail de l'artiste était essentiel à la vie de l'Église et du Monde déclarant : «Il n’est pas nécessaire que Nous vous expliquions à vous, qui le sentez en vous-même souvent comme un noble tourment, un des caractères essentiels de l’art avec la religion qui fait des artistes en quelque sorte les interprètes des perfections infinies de Dieu et particulièrement de sa beauté et de son harmonie. La fonction de tout art est en effet de briser l'espace étroit et angoissant du fini dans lequel l'homme est enfermé, tant qu'il vit ici-bas, et d’ouvrir comme  une fenêtre à son esprit aspirant à l'infini! »

    Le Concile VATICAN II a eu des « phrases vigoureuses sur le rôle des artistes » et leur a adressé l'un de ses sept messages, signe visible de l'intérêt majeur que leur porte l'Eglise.

    Paul VI faisant le pénible constat de ce que les artistes s'étaient éloignés de l'Eglise leur rappelait : « Notre ministère a besoin de votre coopération. Parce que, comme vous le savez, notre ministère est de prêcher et de rendre accessible et compréhensible, même en mouvement, le monde de l'esprit, de l'invisible, de Dieu. Et dans cet esprit, vous êtes des enseignants que traversent, invisibles au monde, des formules qui vous sont accessibles et  intelligibles. Votre métier, votre mission et votre art sont de voler du ciel  l’esprit de ses trésors et le restituer en parlant,  par les couleurs, par les formes et les rendre accessibles. Vous avez cette prérogative, dans l'acte même qui rend accessible et compréhensible au monde, l'esprit de ce monde, de garder son ineffable sens de la transcendance, son aura de mystère »

    Paul VI mettait ainsi en exergue qu'il fallait que l'Eglise rencontre les artistes sur leur terrain et non plus en se contentant d'affirmer une autorité si légitime soit elle par sa mission divine; pour lui l'Eglise peut apprendre des artistes à connaître l'homme moderne sans toutefois cautionner toutes les dérives d'un art contemporain qui plonge parfois ses racines dans la désespérance, l'abstraction, la folie...

     Jean Paul II prolongera cette profonde réflexion : « La société, en effet, a besoin d'artistes, comme elle a besoin de scientifiques, de techniciens, d'ouvriers, de personnes de toutes professions, de témoins de la foi, de maîtres, de pères et de mères, qui garantissent la croissance de la personne et le développement de la communauté à travers cette très haute forme de l'art qu'est «l'art de l'éducation». Dans le vaste panorama culturel de chaque nation, les artistes ont leur place spécifique. Lorsque précisément, dans la réalisation d'œuvres vraiment valables et belles, ils obéissent à leur inspiration, non seulement ils enrichissent le patrimoine culturel de chaque nation et de l'humanité entière, mais ils rendent aussi un service social qualifié au profit du bien commun »

     Mais si ces deux Papes ont souligné que l'Église a besoin de l'art, Jean Paul II ira plus loin en répondant à la question : L'art a-t-il besoin de l'Église ?  : « Ainsi donc, l'Église a besoin de l'art. Mais peut-on dire que l'art a besoin de l'Église ? La question peut paraître provocante. En réalité, si on l'entend dans son juste sens, elle est légitime et profonde. L'artiste est toujours à la recherche du sens profond des choses, son ardent désir est de parvenir à exprimer le monde de l'ineffable. Comment ne pas voir alors quelle grande source d'inspiration peut être pour lui cette sorte de patrie de l'âme qu'est la religion ? N'est ce pas dans le cadre religieux que se posent les questions personnelles les plus importantes et que se cherchent les réponses existentielles définitives ? »

    La lettre de Jean Paul II se poursuit dans un « Appel aux artistes » qui prolonge la réponse que nous venons d’évoquer : « Par cette lettre, je m'adresse à vous, artistes du monde entier, pour vous confirmer mon estime et pour contribuer à développer à nouveau une coopération plus profitable entre l'art et l'Église. Je vous invite à redécouvrir la profondeur de la dimension spirituelle et religieuse qui en tout temps a caractérisé l'art dans ses plus nobles expressions. C'est dans cette perspective que je fais appel à vous, artistes de la parole écrite et orale, du théâtre et de la musique, des arts plastiques et des technologies de communication les plus modernes. Je fais spécialement appel à vous, artistes chrétiens : à chacun, je voudrais rappeler que l'alliance établie depuis toujours entre l'Évangile et l'art implique, au-delà des nécessités fonctionnelles, l'invitation à pénétrer avec une intuition créatrice dans le mystère du Dieu incarné, et en même temps dans le mystère de l'homme « .

    Sans le citer Jean Paul II revient au cri de Fiodor DOSTOÏEVSKI en abordant dans le dernier paragraphe de cette lettre : « La Beauté qui sauve » : « La beauté est la clé du mystère et elle renvoie à la transcendance. Elle est une invitation à savourer la vie et à rêver de l'avenir. C'est pourquoi la beauté des choses créées ne peut satisfaire, et elle suscite cette secrète nostalgie de Dieu qu'un amoureux du beau comme saint Augustin a su interpréter par des mots sans pareil : «Bien tard, je t'ai aimée, ô Beauté si ancienne et si neuve, bien tard, je t'ai aimée ! »

    Il est donc certainement urgent, comme le pressentait Jean Paul II de donner à nos contemporains et tout particulièrement aux chrétiens, la juste vision que l’Eglise a de l’artiste et de l’art, au risque peut être de déplaire  en brisant des a – priori ou des conventions sociales ; c'est à cet exercice de lisibilité d'amour et de dialogue vital que notre Saint Père Benoit XVI, marchant dans les pas qu'ont laissé tous les successeurs de Pie XII , se livrera sous les fresques de la Chapelle Sixtine le 21 novembre 2009.

     

    Lionel Mathieu

    St Agricol-St Louis

    Dimanche 15-11-2009

    « La thérapie divine »

    Source: Bulletin St Agricol-St Louis n.9

    A la fin de l’année liturgique la parole de Dieu nous renvoie aux images apocalyptiques de la fin des temps. L’actualité de ces images ne nous échappe point. Quelque chose d’apocalyptique touche la mentalité dominante actuelle. Il y a une conscience qui se répand dans les medias et dans les propos que l’on s’échange habituellement qui manifeste que quelque chose ne va pas dans notre société, il y a un pessimisme d’ambiance mais nous ne savons pas toujours l’expliciter avec clarté. La globalisation ne semble pas finir dans un paradis mais dans quelque chose d’incertain qui laisse pressentir des choses beaucoup plus catastrophiques (Cf. Revue Esprit, 2009).

    Les médias ne parlent que de crise et de catastrophes. Et à force d’entendre et de voir tout cela, le cœur reste submergé, sans ancrages, en se demandant bien, où l’on va finir. Cette perception sociale touche aussi les mentalités ecclésiastiques. Ce climat collectif est bel et bien nourrit. La logique commerciale s’impose et le brouillard s’étend dans notre « conscient » et dans notre «inconscient». Les réflexes nous projettent vers des recherches de «protection  et d’assurance» face au mal que l’on pressent, et nous ramènent facilement  à penser que le  «passé était toujours meilleur» ; ou bien, d’autres réflexes font naître une réaction qui pointe vers une « fuite en avant », en accélérant dans une course « au progrès » assez irresponsable…

    La différence, néanmoins,  entre la façon dont l’évangile parle de «l’apocalypse now», et le climat dans lequel nous sommes submergés, peut être un fort motif de réflexion ce weekend. En fait, si l’évangile en parle c’est justement pour nous placer dans la façon « libératrice » de la Sagesse de Dieu. Son importance en ce moment est plus qu’évidente. Et  la lecture sereine et approfondie de la « parole de Dieu » ces temps-ci peut être une bouffée d’oxygène beaucoup plus intense de ce que l’on peut penser !  «Que la comparaison du figuier vous instruise : Dès que ses branches deviennent tendres et que sortent les feuilles, vous savez que l'été est proche. De même, vous aussi, lorsque vous verrez arriver cela, sachez que le Fils de l'homme est proche, à votre porte».

    La parole vient guérir les réflexes de la peur pour nous introduire non dans la pragmatique de l’autruche, mais dans le vrai fondement de notre vie. Le Christ est proche, jusqu’à tout transformer en amour (offrande de soi) ; Il est à la porte, dans un respect énorme de notre liberté, pour nous donner la vraie dimension de la vie, la vraie sagesse. La mort est là, mais elle est transformée par la foi en lieu de passage, de rencontre amoureuse. Le présent, même s’il y a des motifs d’angoisse, est traversé, accompagné et porté par Celui qui, se rend plus évident lorsque tout semble s’enfoncer. Guéris par cette «thérapie divine» restons lucides face au présent, social et ecclésial, pour mettre « la main à la charrue » avec créativité toujours renouvelée !!!  

    P. Paco ESPLUGUES

    Dimanche 8-11-2009

    Dialogue de l’Eglise avec le monde de l’art

    Source: Bulletin St Agricol-St Louis n.8

    A l’occasion des dix ans de la lettre de Jean Paul II aux artistes et du 45ème anniversaire de la rencontre de Paul VI avec les artistes, le 21 novembre prochain Benoît XVI renouvellera la proposition de dialogue de l’Eglise avec le monde de l’art. Les motivations et les contenus de cette initiative, qui aura lieu à la Chapelle Sixtine au Vatican, ont été présentées par l’archevêque Gianfranco Ravasi, président du Conseil Pontifical de la Culture et par le professeur Pasquale Iacobone, chargé du Département Art et Foi du dicastère de la Culture.

    La rencontre aura pour objet de renouveler l’amitié et le dialogue entre l’Eglise et les artistes ainsi que de susciter de nouvelles occasions de collaboration. Il ne s’agit pas d’une conclusion  mais d’un début, «une semence, un germe, un moment», a précisé le président du conseil Pontifical, «représentatif de la volonté de dialogue de l’Eglise avec le monde de l’art, qui devra se développer, en diverses étapes et selon différentes modalités». Du  reste, pour l’archevêque,  le «divorce», qui s’est fait dans l’histoire entre l’Eglise et les artistes est évident ; Eglise qui «après avoir promu  de grandes révolutions  dans le champ artistique semble avoir fini par se contenter  de ‘lieux communs’ ou du simple noble artisanat» ; artistes «toujours plus tentés par des expérimentations autoréférentielles et des provocations». D’où le besoin de chercher un point de rencontre pour un dialogue commun.

    La question que le pape Benoît XVI veut aborder est ancienne, au cœur du siècle dernier, tant avec le pape Pie XII, que de ce grand intellectuel qu’a été Giovanni Battista Montini (Paul VI). Ce pontife n’a pas hésité à s’exposer au premier rang en entreprenant  avec courage et hauteur de regard un chemin de rapprochement. Le 7 mai 1964, il a reçu dans la Chapelle Sixtine les artistes de son temps, comme le fera Benoît XVI le samedi 21 novembre 2009.

    La rencontre des artistes avec Joseph Ratzinger, dans ce lieu significatif où il a été élu pape, sera accompagnée de la lecture de morceaux choisis de la Lettre aux artistes du pape Wojtyla (4 avril 1999) et d’un discours de Benoît XVI, qui sera sans doute une nouvelle pierre millénaire  vers une rencontre féconde de l’art et de la foi, juste au moment où la Cour Européenne (de Strasbourg), vient de prononcer une sentence contre la présence du crucifix dans les salles des cours .

    Nous nous réjouissons de cette initiative qui rejoint d’abord une profonde conscience dans notre équipe pastorale de l’enjeu de ces rencontres. En effet, l’art est toujours un chemin vers l’Invisible qui nous rencontre dans les expressions du cœur de l’homme. Le parcours artistique de saint Agricol, mis en place lors du festival d’Avignon 2007, se poursuit pendant l’année comme une «école du regard spirituel» vraiment significative. Ce parcours s’accompagne depuis le début d’un désir de mettre en valeur la lettre aux artistes de Jean Paul II qui sera au cœur de la prochaine rencontre vaticane. Enfin, dans la gratuité de l’art n’y a-t-il pas quelque chose de la gratuité et de la générosité du don total de soi qui se manifeste ? L’art en est donc un témoin !!!

    Paco Esplugues Ferrero

    Dimanche 1 novembre 2009

    La mort... quel sens ?

    Source: Bulletin St Agricol-St Louis n.7

    Le lendemain de la fête de la Toussaint, l’Eglise consacre un jour à la commémoraison des fidèles défunts. A cette occasion nous vous offrons une brève réflexion sur la question de la mort. Nous ne voulons pas lui donner une réponse trop rapide, nous voulons simplement aider à accepter de pouvoir se la poser.

     

       

     « Que la vie était quelque chose de sérieux, on s’en rendra compte plus tard. Vieillir est le seul argument de l’aujourd’hui » dit un  poète espagnol.

    Aucun de nous sait ce qui va lui arriver demain (même pas dans une heure). Que vais-je devenir ? Travaillerai-je en tant qu’ingénier ? Infirmier ? Avocat ? Chauffeur de taxi ? Me marierai-je ? Ne me marierai-je pas ? Aurai-je des enfants ? Ou non ? Vivrai-je à Toulouse ? Ou à Madrid ? Ou à Paris ? Ou à Buenos Aires ? Nous ne savons rien de tout cela. Nous pouvons (nous devons même) avoir un projet dans la vie : « Je voudrais bien être journaliste et me marier et avoir des enfants…, etc. ». Mais tout cela n’est qu’un désir car nous ne savons vraiment pas si cela arrivera ou pas. Ce que nous savons sûr c’est qu’un jour nous allons mourir. Cela nous le savons. Cela tu le sais. Voilà la réalité de chaque être vivant.

    Tous les êtres vivants meurent, mais il y a une différence fondamentale entre nous et les autres êtres vivants. Nous, les hommes, nous savons que nous allons mourir. Ainsi la mort est quelque chose qui se présente à nous avec une force incroyable. Pas seulement notre mort, mais avec beaucoup plus de force la mort des êtres que nous aimons (en général, un père et une mère craignent beaucoup plus la mort de leur fils que leur propre mort). Mais la mort ne nous apparaît pas pourtant comme quelque chose de normal. Elle nous apparaît comme quelque chose d’étranger à nous-mêmes.

    Soulignons que s’il y a une différence entre un hominidé et un pré-hominidé c’est précisément le culte rendu aux morts. Les premiers hominidés faisaient déjà un certain culte aux morts. La mort se présente depuis le début de la vie des hommes comme quelque chose qui doit être comprise, interprétée, qui doit pouvoir avoir un sens. De fait l’homo-sapiens faisait déjà des rituels, par rapport à toute son existence, mais d’une manière toute particulière par rapport à la mort. La mort est donc une réalité à laquelle nous ne pouvons pas nous soustraire. Elle est la réalité la plus sûre que nous savons par rapport à notre futur et par rapport aux personnes qui nous entourent : des personnes âgées, mais aussi des jeunes qui partent à cause d’une maladie soudaine, d’un accident,… Quand on est jeune on voit la mort loin mais pourtant elle est là, toute proche.

    Et, en face de cette réalité, nous avons besoin d’en trouver un sens : Après la mort, qu’est-ce qui se passe ? La mort est-elle la fin ou pas ? Il s’agit de trouver une réponse. Nous avons besoin de réponses. Nous avons besoin d’une réponse. Il y en a toujours eu beaucoup. Chaque culture, chaque civilisation donne la sienne. Que se passe t-il avec la mort ? Quel sens a-t-elle ? Il y a quelque chose après elle ? Qu’est-ce qu’il y a après ?  Voilà la réincarnation comme réponse, la dissolution dans le tout, la réponse d’une existence ultra-terrestre. Toutes les civilisations donnent une certaine réponse de survie après la mort. Et même quand on nie l’existence d’une réalité spirituelle comme les courants matérialistes, on exprime quand même un besoin de survie après la mort (pensez au mausolée de Lénine ou aux obsèques de Michael Jackson ces derniers temps…). Il y a un besoin de survivre qui est présent chez tous les hommes, de toutes les cultures. Depuis que nous connaissons comment la mort se produit, depuis les origines, dans toutes les civilisations, il y a le besoin d’un type d’existence après la mort. Il paraît que notre nature ne se conforme pas, ne se résigne pas à vieillir et mourir.

    Mais peut être cette vie après la mort n’est qu’une chimère, un désir absurde… Notre dernier combat devant la réalité de la fin de notre existence…

    Que se passe t-il dans nos cultures ? Ici en Europe notre espérance de vie est de 75 ans. Ça fait 100 ans la mortalité des enfants était très élevée. Par exemple, ma grand-mère a eu 12 frères et sœurs mais quatre d’entre eux sont décédés tous petits. Mais aujourd’hui nous ne pensons plus à la mort, elle est éloignée. Nous sommes devenus très scientifiques : « La mort est là et elle viendra un jour, mais surtout nous n’y pensons pas ». Mais quand elle se présente elle devient une tragédie. Nous devons trouver des coupables… C’est la faute de quelqu’un… Car nous n’avons plus d’outils pour donner une réponse à la mort. Nous n’en parlons pas. Ce n’est pas poli. Nous ne voulons plus voir les corps des défunts comme l’on faisait avant.

    Aujourd’hui, nous avons totalement éloigné la mort de notre vie quotidienne et nous avons essayé de la rendre la moins tragique possible : « Nous allons mourir… qu’est-ce que l’on peut faire ? Rien… alors, pour l’instant nous pouvons vivre le plus tranquillement possible ».

    Face à cela nous pourrions dire avec Camus : « Le suicide est la seule question réellement importante ». Si tu vas mourir et puisque la vie n’a aucun sens…, alors il faut finir avec elle. Terrible, n’est-ce pas ? On dira : « La vie n’a de sens que si elle est une vie « digne », « pleine », si tu es en pleine santé, avec tous les moyens économiques, etc ». Jean-Paul II a parlé de la culture de la mort en se référant à cette attitude-là. On dira à une mère: « Il est mieux que tu avortes que d’obliger ton enfant à avoir une vie malheureuse ». Il s’agit d’un suicide, un suicide social. Il y a beaucoup de types de suicides. Le suicide social en est un. Une société qui considère une vie qui commence comme une menace si cet enfant n’est pas « désiré », se tue elle-même. Et il y a un autre type de suicide : le suicide spirituel. Il consiste à vivre comme si nous n’allions pas mourir : « Ne nous posons pas les questions fondamentales de notre existence ! ». Mais tout le monde sait que cette attitude ne répond pas aux soifs profondes qui nous traversent.

    Nous disons, par exemple dans mon cas : «  J’ai 37 ans », mais en réalité je devrai dire : « J’ai 37 ans de moins… ». Cela nous fait peur. J’ai peur d’aimer car les autres vont aussi partir… Je ne vais plus aimer, plus créer de liens, ainsi je ne souffrirai pas… Et voilà une multitude infinie de personnes qui vivent complètement isolées, sans liens… par peur d’éprouver la souffrance qui comporte le fait d’aimer (ne parlons pas de la souffrance de ne pas aimer…).

    La question sur la mort nous renvoie à la question sur la vie: « Qu’est-ce que la vie? ». La liturgie dit : « La vie de ceux qui croient en toi ne finit pas. Elle est transformée et quand notre demeure terrestre disparaîtra, nous acquerrons une demeure dans le ciel » (cf. Rituel de funérailles). Nous n’avons pas été crées pour mourir, mais pour vivre. Dieu nous a crées chacun de nous pour la vie. Il nous a crées pour la vie et non pour la mort. La mort vient du péché, mais qu’est-ce que le péché ? Le péché est la négation de notre propre essence : « nous sommes crées à l’image de Dieu » (cf. Gn 1, 26). La mort n’est pas naturelle à l’homme, dans le projet originel de Dieu elle n’était pas là. C’est pourquoi nous la rejetons. La mort est conséquence du péché, donc la vie nous l’atteignons quand nous sommes libérés de lui. Le péché est la négation de Dieu, et comme Dieu est Amour, le péché est tout ce qui s’oppose à l’Amour. 

    C’est pourquoi Jésus dira : « Venez, les bénis de mon Père, recevez en partage le Royaume qui a été préparé pour vous depuis la fondation du monde » (Mt 25, 34). Car Dieu nous a donné l’être et Il nous a crées pour le Royaume. Dieu veut que l’homme soit. Il veut que tu sois. Il nous a donné l’être parce qu’Il l’a voulu et, depuis le commencement, il a préparé pour nous, pour chacun de nous, le Royaume. Et Jésus continue en expliquant pourquoi ceux-là recevront le Royaume : « Car j'ai eu faim et tu m'as donné à manger; j'ai eu soif et tu m'as donné à boire; j'étais un étranger et tu m'as recueilli; nu, et tu m'as vêtu; malade, et tu m'as visité; en prison, et tu es venu à moi »  (Mt 25, 35). Celui qui a aimé, celui qui n’a pas passé sa vie en calculant (- « jusqu’ici, oui, je me donne, « je suis en règle »,… mais au-delà de ça ?... non ! »), c’est celui qui peut recevoir le Royaume préparé depuis la fondation du monde par Dieu pour lui.

    Aimer est l’acte suprême de la liberté. La liberté nous constitue car sans elle nous ne pouvons pas être ce que nous sommes : image de Dieu. Mais l’acte suprême de liberté est d’aimer. José Ortega y Gasset, un grand chercheur de la Vérité, dans ses méditations sur le Quixote dit : « Aimer signifie mener à la plénitude de son être ce que l’on aime ». Nous engager avec notre volonté à mener à la plénitude ceux que nous aimons. Aimer est l’acte suprême de la liberté humaine. L’amour est la seule chose qui transcende la mort. La seule chose qui sauve de la mort c’est l’amour. « De la foi, l’espérance et l’amour la plus grande c’est l’amour » (1Co 13, 13) - dit Saint Paul, car seul l’amour demeurera pour toujours. Dans ce sens-là, un autre poète a écrit : « Quand nous verrons Dieu nous saurons que nous l’avons toujours connu. Il a soutenu moment après moment, de dedans, toutes nos expériences d’amour pur. Tout ce qui était en elles amour pur, c’était déjà plus à Lui qu’à nous ».

    Mais nous ne devons pas perdre de vue que l’amour est du domaine de la volonté plus que de celui des sentiments. Il s’enracine dans notre volonté : Dire « amour » c’est dire : « Je veux », « je veux te servir, t’aimer, te visiter, te consoler, t’accompagner… ». Nous pouvons dire avec le philosophe Maurice Blondel : « Je veux. Je veux. Que toute ma vie réponde et définisse : Je veux. Je veux vouloir avec Dieu, ce que Dieu veut, comme Dieu veut de moi... Devant Dieu, je serai un instrument, pour que, par surcroît, aux yeux humains, je sois quelqu’un. Je veux, je veux aujourd’hui, pour dire demain : Nous voulons, pour dire en mourant : Il veut ». Voilà ce qui demeure pour toujours.

    C’est vrai que parfois on vit des moments de joie sublime, mais cette joie n’est constitue pas encore la joie pleine que nous cherchons. Par exemple, quand on partage avec un ami, (quelqu’un que l’on aime et dont on se sait aimé), on est très, très heureux. On sait pourtant que ce moment va finir. Qu’est-ce qui se passe alors ? Que ce moment de joie est en quelque sorte menacé et nous ne sommes pas pleinement heureux puisque nous désirons une joie qui ne finisse pas. Or, cette joie existe et il existe pour nous ! Le Christ a donné sa vie pour cela ! Un jour, si nous acceptons de la  recevoir, elle demeurera en nous à jamais ! Déjà ici-bas nous l’inaugurons quand nous aimons, quand nous accueillons cet amour qui nous mène à notre plénitude et qui nous fait mener ceux qui nous entourent à leur plénitude, en nous engageant avec tout notre être. Voilà ce qui peut vaincre la mort ! Voilà ce qui donne sens à notre existence, nous permettant de regarder en face et la vie, et la mort ! 

    Isabel Velasco Zamarreño

    Parole de Vie - 25-10-2009

    « L'Eglise, bouge t-elle ? »

    Source: Bulletin St Agricol-St Louis n.6

    Cette question est apparue cette semaine dans un hebdomadaire chrétien, en faisant référence à un livre publié avec le titre : « Confessions d’un cardinal ». La question est profondément parlante et à la fois profondément ambiguë. Pourquoi est-elle parlante ? Parce que de fait l’Eglise de Jésus est toujours appelée à lui devenir semblable, et elle est toujours sainte mais formée de pécheurs. Le paradoxe en elle-même, dans ses structures et ses institutions, la traverse depuis la première génération chrétienne. Et combien plus aujourd’hui, dans cette époque où la culture médiatique et la blogosphère permet que tout se sache en temps réel dans toute la planète. Les gens disent : L’Eglise ne pourrait-elle pas bouger ? Ne pourrait-elle pas devenir de plus en plus semblable à l’évangile qu’elle proclame ?  Ne pourrait-elle pas dépasser les compromis pour devenir plus authentique au cœur de notre monde ?

    L’ambigüité vient sans aucun doute du fait que les informations qui sont diffusées  ne correspondent pas toujours à ce qui se vit. Et si c’est toujours vrai que « l’essentiel est invisible aux yeux », c’est encore plus vrai que les mouvements qui ont été dans l’histoire les plus significatifs, ont toujours commencé d’une façon imperceptible. Ni les médias de l’époque, et encore moins ceux d’aujourd’hui, sont capables de les percevoir.

    Récemment, en célébrant la messe dans des catacombes de Rome avec des jeunes étudiants, je ne pouvais pas m’empêcher de penser que dans les rues et les fores impériaux,  à l’extérieur, personne ne soupçonnait ce qui se « cuisinait » dans le sous-sol de la ville. Et, pourtant, la foi de ces hommes et de ces femmes qui priaient le Christ Vivant et le « voyaient parmi eux », a été à l’origine d’un bouleversement très grand. La sainteté, si elle vraie, n’apparaît presque jamais dans les journaux, même si sa force cachée est capable de « faire bouger mille mondes ».

    Le Christ Vivant est extrêmement proche de chacun de nous. Nous sommes en Lui et Lui est en nous. La transparence de cette présence se réalise dans le cœur (« Heureux les cœurs purs, car ils verront Dieu »). Il nous a assis à sa table et il est en train de nous servir pour qu’en chacun de nous la force de son amour puisse se manifester. Mais il faut le reconnaître ! Dans le secret de la rencontre quotidienne avec Lui se tisse le même dynamisme qui a transformé l’ « empire » de l’intérieur. Combien de frères et sœurs ne sont pas aujourd’hui en train de préparer dans « leurs catacombes actuelles » un nouveau bond en avant de notre terre avec la force de l’évangile ? Il s’agit de Le voir, dans l’ « épaisseur de nos journées », dans « la liturgie vécue », comme dit le Père Jean Corbon en se référant à la vie de chaque jour, et  de L’accueillir dans tous les événements de la journée. S’offrir en silence dans les réalités les plus quotidiennes.

     Bartimée répondant au  Seigneur lui demande : « Que je voie ! ». Et il a vu. Faisons la même demande ! Alors suivre le Christ sur la route fera « bouger l’Eglise », même si les médias ne se sentiront pas toujours concernés !

    Bon dimanche et bonne semaine à tous !

    P. Paco Esplugues, mdd

    Parole de Vie - 18 octobre 2009

    « Être le Serviteur de tous »

    Dimanche 18 octobre 2009

    Source: Bulletin St Agricol-St Louis n.5

    La semaine qui s’écoule a été tellement riche en événements qu’il est difficile de tout dire, au risque de ne rien dire de significatif. Nous avons commencé avec Abraham, un des premiers témoins de l’Amour dans la Bible, qui nous a accompagné dans la 1ère session de l’Ecole de la Mission de cette année et aussi à la Mission Etudiante. Nous avons aussi suivi, avec les jeunes, les pas de Marie Madeleine à la Sainte Baume. «Aux creux des rochers du Var» nous avons touché quelque chose du Bien Aimé qui l’a séduite et qui nous a également séduits.

    Jeudi en la fête de Sainte Thérèse d’Avila, Mgr. Cattenoz nous a accompagnés en recevant l’engagement de Céline à Saint Agricol. Il a alors souligné la force des conseils évangéliques dans le monde d’aujourd’hui. La joie de suivre Jésus, le vrai pauvre, ne cesse de nous pousser à aller plus loin dans l’appartenance de plus en plus vraie à sa personne et à ses chemins. Comme il est beau de se rendre compte qu’il n’y a pas de circonstance de vie qui puisse nous l’empêcher ! Le baptême est définitivement une grâce infinie que nous apprenons à percevoir progressivement !

    Ce dimanche, la semaine se finit avec des lectures d’une saveur évangélique remarquable. « Qui veut être le plus grand de tous doit être le dernier et le serviteur de tous ». Le témoignage de Jean Vanier, venu prêcher la retraite sacerdotale aux prêtres du diocèse à l’Eglise du Sacre Cœur d’Avignon, a été une école merveilleuse de cet évangile. Il nous a invités à nous laisser profondément interpeler par les regards des enfants de Dieu porteurs d’un handicap. Ces regards nous guérissent  radicalement du mal de notre société, profondément travaillée par la concurrence et la rivalité, dans laquelle la valeur dépend de la performance !  La guérison du Christ n’atteint le plus profond de l’homme que lorsqu’il  est débarrassé de la maladie de la rivalité, qui affectait déjà la première Eglise (cf. les fils de Zebédée). C’est alors que l’on commence à découvrir que le Christ est la source de toutes nos générosités. Nous approprier nos propres succès de charité (chose qui nous arrive trop souvent dans le milieu ecclésiastique), nous empêche de jouir pleinement de l’Evangile. Jésus nous invite aujourd’hui à être le Serviteur de tous. Il faudrait rajouter que cela est une source de joie imperturbable. Nous sommes tous bien placés pour la découvrir !! Au moins nous sommes en chemin !!

     P. Paco Esplugues mdd

    Parole de Vie - 11-10-2009

    « Pour moi la vie c’est le Christ (Ph 1, 21) »

    Source: Bulletin St Agricol-St Louis n.4

    L’évangile de ce dimanche nous met au cœur de la pensée du Seigneur. Il faut sortir du piège hyper-répandu que le bonheur dépend de ce que l’on a. C’est bien cela qui est au cœur du dialogue de Jésus avec le jeune homme riche : « Si tu es libre pour me suivre sur les chemins de la liberté de l’amour, ton cœur s’épanouira aux dimensions du mien. Si tu te laisses ‟programmer par la peurˮ, en faisant dépendre ton bonheur de ce que tu as, tu paralyseras ton cœur et tu verras ton bonheur fuir, une fois et une autre, avec la crainte de perdre ce que tu as ! ».

    Jeudi 15 octobre à 18h30, nous aurons la joie d’accompagner Céline dans son engagement à la suite du Christ à l’église Saint Agricol, au cœur de notre Famille Missionnaire Dialogue de Dieu. Monseigneur Cattenoz recevra cet engagement au nom du Seigneur et de l’Eglise. Comme c’est beau de voir fleurir la fécondité de l’évangile dans une vie !!! Nous vous invitons tous à vous réjouir avec nous et à y participer par la présence ou par la prière…

    Cette semaine nous avons eu aussi la grâce de vivre un  temps de mission intensif à l’Université d’Avignon. Le témoignage impressionnant de Mme Juliane Picard a clôturé cette semaine-là. « Témoin de la déportation à Auschwitz » et « Témoin de l’Amour du Christ plus fort que la haine », elle nous a laissé une lumière qui brille ardemment sur les ténèbres. Les paroles de feu jaillissant du corps fragile de cette femme de 85 ans, nous ont tous rajeunis. Le courage des témoins est la grande médecine pour notre société. « Julianne, depuis Avignon, nous vous remercions de tout notre cœur !!! ».

    Merci beaucoup aussi à vous tous qui vous êtes impliqués dans cette semaine de mission qui vient de finir. Vos petits efforts (parfois très grands) ont été couronnés par la joie de voir que la Chapelle Sainte Marthe était pleine à craquer de jeunes étudiants. Tous, nous avons été bouleversés par la force de vie, manifestée dans la faiblesse, dont Julianne témoignait.

    Merci beaucoup, enfin, à tous ceux et celles qui ont  manifesté le désir de s’engager dans la démarche de notre pôle missionnaire St Agricol-St Louis en ce début d’année. Quelque chose du bonheur de Dieu nous rejoint et la communion ne cesse de grandir…

    Bonne semaine à tous !

     

    P. Paco Esplugues mdd

    Parole de Vie - 4-10-09

    « François d’Assise

    et le chemin vers la fraternité universelle »

    Source: Bulletin St Agricol-St Louis n.3 

    A Rome, se trouve une sculpture de François d’Assise qui est un rappel permanent d’une merveille. En bas, il y a une plaque avec le nom de celui qui a rendu cet hommage au  grand saint : « l’umanità a Francesco di Assisi » (« l’humanité à François d’Assise »). Il s’agit d’une image d’une grande simplicité, représentant François et quelques compagnons. Le geste de François avec les deux mains en haut est très significatif. Il semble soutenir, consacrer ou refuser quelque chose…

    De l’autre coté de la rue, rue très passante, se trouve la basilique de Saint Jean de Latran, au plus pur style romain. Tous les passants qui regardent cette statue peuvent se sentir concernés par cet homme qu’on appelle « le frère universel ». Frère universel parce que frère de toute la création (« frère soleil, sœur lune… ») et aussi, parce que frère au delà de toute religion (nous pensons à l’anecdote du sultan qui, lors de la visite de François en Terre sainte, en pleine époque des croisades, était tellement séduit par le cœur réconcilié de cet homme humble, qu’il lui manifesta la peur qu’il le convertisse). On comprend bien pourquoi l’humanité peut trouver en François un référent parlant pour tous !

    Et… celui qui connaît l’histoire de François de plus près, peut être interpelé plus profondément par cette statue. Le pape Innocent III a vu dans un rêve que l’église du Latran croulait et qu’un petit frère habillé de sac, réussissait à la soutenir. Ce rêve renvoyait le pape à la rencontre qu’il venait de faire quelques jours auparavant avec un petit homme (« cochon mal habillé »- il disait), qui était venu à Rome pour demander l’approbation des constitutions de son ordre. Le Pape comprenait alors que cet homme, par des chemins de pauvreté évangélique, était appelé à rebâtir l’église… Voilà ce que cette œuvre d’art représente.

    Et… celui qui connaît encore plus profondément François sait que dans sa conversion il avait entendu le Christ lui dire : « Rebâtis mon église ! ». Le jeune homme avait compris au départ qu’il devait rebâtir la petite chapelle de la Portioncule, plus tard il s’est rendu compte qu’il s’agissait du cœur des  hommes, appelés à vivre des relations de fraternité universelle. Des hommes libres pour aimer, puisque chacun se sait « fils unique du Père des cieux, dans sa pauvreté la plus totale ».

    Cette année nous célébrons les 800 ans de la fondation de l’ordre dont François est le fondateur. A cette occasion nous pouvons, en nous plaçant « virtuellement » devant cette statue romaine, écouter la voix du Christ qui nous dit encore aujourd’hui : « Voudrais-tu m’aider à rebâtir l’humanité de l’intérieur ? »       

    Paco Esplugues, mdd

     

    Parole de Vie - 27-9-09

    « Le monastère invisible ou le wifi de l’Esprit »

    Source: Bulletin St Agricol-St Louis n.2

    « La réalité est le corps du Christ » dit saint Paul, à partir de l’expérience qu’il a eue dans le chemin de Damas. Même s’il ignorait totalement la portée de ses actes, il était tout le temps en train de traiter avec le Seigneur. Nous aussi, nous sommes en permanence en relation avec Lui. Il n’est pas nécessaire de partir dans un monastère pour pouvoir vivre un état continu de relation avec le Seigneur. Il s’agit d’ouvrir le cœur en permanence à Celui qui s’est uni à nous pour devenir une seule chair avec chacun de nous.  

    L’essentiel continue, encore aujourd’hui, à être invisible pour les yeux. Il n'en est pas pour autant moins réel. De même qu’il y a le wifi pour se connecter au réseau informatique, il y a un wifi, infiniment plus puissant qui est celui de l’Esprit Saint de Dieu, qui nous unit à Lui et entre nous avec une interactivité surprenante. Accéder à ce réseau c’est la possibilité d’intégrer totalement la vie. Être déconnectés nous fait vivre avec des «symptômes de l’Absolu de Dieu» qui nous traversent, mais sans jamais trouver le moyen de désaltérer les soifs qui sont les nôtres. C’est pourquoi le Concile Vatican II et le Catéchisme de l’Eglise Catholique insistent sur la nécessité radicale de la connexion avec le Seigneur (GS 19). « Sans Lui notre vie tombe en ruine ». Il ne s’agit pas d’une affaire marginale.

    Avec l’idée de « monastère » on veut mettre en valeur ce qu'évoquent ces lieux privilégiés : le silence, l'absence de tout bruit extérieur et intérieur pour pouvoir écouter la voix de Dieu qui parle amoureusement au cœur. Le simple souvenir de ces lieux nous y ramène. Mais c’est une erreur que de laisser pour les moments forts où l’on pourrait aller dans les monastères et y séjourner, la possibilité de se connecter au Dieu qui nous habite en permanence. Voilà le sens du « monastère invisible ». La vie quotidienne est unifiée en tous ses aspects lorsque le cœur est saisi par la relation vivante avec le Seigneur. Vivre quelques moments forts au cœur de la journée, en présence du Seigneur, suffit pour se connecter dans toutes nos activités avec Lui.

    Les propositions de prière au centre de notre programme de cette rentrée, vont toutes dans le même sens : aider en fonction des besoins de chacun, à pouvoir se ressourcer en route ! Il ne s’agit pas de nous éloigner des problèmes en nous réfugiant dans une « bulle », mais de trouver l’oxygène nécessaire pour avoir des forces évangéliques au cœur de nos journées. Proposer un monastère invisible à deux pas de la place de l’horloge, pour se connecter au wifi de l’Esprit…c'est aider à respirer dans nos villes polluées l’air pur de Dieu. Passer des symptômes de l'Absolu dans nos vies (symptômes qui finissent en relativismes sans âmes), à la possibilité de toucher chaque jour l'absolu de l'Amour : à chacun de choisir.   

    Paco Esplugues, mdd 

    Parole de Vie - 20-9-09

    « Une Espérance qui traverse la nuit »

    Source: Bulletin St Agricol-St Louis n.1

    Ce bulletin est construit grâce à vous tous, fruit de ces dernières années, il s’élargira sous l’impulsion de l’Esprit. En effet, c’est Lui l’éternelle jeunesse de l’Eglise qui sans cesse nous renouvelle, dilate nos cœurs et qui veut rejoindre dans son amour, les hommes et femmes assoiffés de notre monde. Les axes de ce pèlerinage commun que nous allons parcourir, sont spécialement inscrits dans la nuit des temps. En effet, au VII siècle lorsque Saint-Agricol, évêque d’Avignon,  a vécu en notre ville, la vie chrétienne était articulée d’une façon très unifiée autour de quatre axes. «Monastère invisible», formation dans la foi, communion liturgique, et rayonnement missionnaire !!! Lui-même ancien moine de Lérins, Saint-Agricol, a voulu imprimer à la vie chrétienne du peuple de Dieu, les chemins par lesquels la vie divine se déploie pleinement (1).

    Cette unification de la vie chrétienne, qui pendant longtemps a été laissée de côté (2), et qui était radicalement nécessaire dans une situation de mission comme la leur, est celle qu’aujourd’hui, 1300 ans plus tard, nous voulons faire renaître. Ce que Jean Paul II appelait la nouvelle évangélisation est aujourd’hui, à l’âge du village global, la réalisation d’une vie chrétienne unifiée mais dans les conditions du monde d’aujourd’hui. Les bases sont les mêmes. Les modalités sont les nôtres ! Pensez donc, les sites Internet, la formation à la prière « online », ou la théologie en dvd, n’existaient pas à l’époque de notre Saint d’Avignon !!!

    La beauté de ce style de vie et des axes qui la constituent se manifeste dans les cœurs. L’amour prend le dessus, à l’intérieur de notre vie moderne profondément éparpillée … Dieu a soif de nous rencontrer (3), et quand la rencontre survient, la vie est totalement transformée. Benoît XVI dans ses trois encycliques a insisté profondément sur l’évangélisation de l’Amour (4). C‘est le cœur de ce programme qui devient  une proposition qui n’attend qu’à être enrichie par ce que l’Esprit vous suggérera.

    La vie chrétienne  trouve l’une de ses métaphores sur le pont Saint-Bénezet. Si on vit la foi comme un touriste, on parcourt le pont jusqu’à son point de chute. On fait des photos de l’île de la Barthélasse puis on revient avec un souvenir. Mais il se peut qu’en arrivant là où semble s’effacer les pierres qui portent nos pas, sous le regard de Marie au sommet de la Métropole,  par un acte de confiance, nous continuions à avancer, cette fois-ci soutenus par l’Esprit. La merveille chrétienne qui depuis 2000 ans continue à se produire et défie toute logique, se retrouve dans le fait, qu’« accompagnés par Lui », nous puissions traverser les ponts brisés, et que les cœurs qui semblaient éloignés commencent à respirer l’air de l’évangile. Le royaume de Dieu commence à se réaliser parmi nous !!! Voilà ce qu’on peut appeler un pôle d’évangélisation. Ce pôle, c’est vous !!!

    P. Paco Esplugues, mdd

    1 Cf. H Urs von Balthasar. Théologie et sainteté. In Dieu vivant n°12, 1948. Repris en Ph. Barbarin, Théologie et sainteté. Ecole Cathédrale, Paris, 1999, pp 93-123.

    2 Ibid, pp 95

    3 Catéchisme de l’Eglise Catholique, n 2560, Paris, 1998, 

    4 Cf Benoît XVI, Deus Caritas est, Spe Salvi et Caritas in Veritate

     

    Rentrée 2009-10

    Saint Agricol - Saint Louis

    Dimanche13 Septembre 2009

    « La rentrée : Un nouveau commencement »

    Par le P. Paco Esplugues

     

     

    L’anniversaire de la Vierge Marie est salué par la liturgie de l’Eglise comme « un nouveau commencement ». Le 8 septembre devient une fête merveilleuse parce qu’à la joie de tout anniversaire, et spécialement à celui de notre Maman du Ciel, s’unit le fait de ce que sa naissance signifie pour l’humanité et pour chacun de nous. Il s’agit d’un « nouveau commencement », « Il a donc fallu que la manifeste habitation de Dieu parmi les hommes fût précédée par une introduction à la joie, d’où découlerait pour nous le don magnifique du salut ».

    Ces phrases de Saint André de Crète que l’on lit dans l’office de lectures de cette fête, nous ramènent à l’essentiel de cette rentrée : une introduction à la joie ! Bien sur, non superficielle mais très profonde. Saint André nous dit le pourquoi qui peut aussi nous accompagner, en ce début d’année : « Le Seigneur a rapporté la lettre à l’Esprit… il a changé ce qu’il pouvait y avoir dans la loi de pénible, de servile, et de tyrannique, en ce qui est léger et libre dans la grâce » !!! La joie jaillit lorsque, avec Marie, on laisse le Fleuve de l’Amour de notre Dieu nous inonder, nous pénètrer et nous enivrer, même s’il fait nuit !!!

    Même s’il fait nuit…

    En effet, on perçoit même sans faire trop d’attention des signes de la « nuit » partout.  Regard immédiat que touche en premier lieu nos vies concrètes, nos familles, notre université, nos lieux de travail, en second lieu notre église diocésaine, en troisième lieu les crises de notre société majorées par les medias… les souffrances des morts prématurées… Le temps de retraite pour ceux qui ont pu participer a été la merveille de pas être dupe mais d’apprendre à regarder avec une profondeur beaucoup plus grande la même réalité … Le regard Pascal  nous habitue à voir un peu plus profondément dans le mystère de la nuit. Et c’est justement là que se trouve la source cachée de cette joie dont Marie est, dans sa naissance, l’introduction !!! Pénétrer le regard non pas pour s’aliéner mais pour mieux découvrir ce qui se passe !!! S’aider à cela (par la prière et l’adoration) c’est le premier point du programme de l’année, de ce nouveau commencement !!! Le regard de Marie à Cana nous habitue à voir dans le manque de vin quelque chose de plus que la tragique vision du réalisme sceptique !!! Ecole du Regard.

    Elans de générosité

    Dans ce nouveau commencement il y a aussi l’introduction à la joie des élans de générosité que le Seigneur a semés cet été : La merveille toute simple du travail dans les banlieues de Chicago (USA), le travail spontané de l’ équipe qui a travaillé dans la présence chrétienne au Festival dans notre église, la participation nombreuse aux retraites en prière, les jeunes qui se sont investis dans l’école de la mission, l’équipe qui a travaillé au parcours artistique de l’église, l’évangélisation de rue, porte à porte, le chapelet des hommes, la persévérance du groupe de prière des malades. La joie du don de soi  s’est manifestée en abondance!!! C’est un ancrage fort pour le travail de cette année : introduction à la joie !

    Des preuves d’amour et d’encouragement

    Introduction à la joie qui vient en ce début de l’année, marquée par tant de preuves d’amour et d’encouragement données par beaucoup d’entre vous pendant tout l’été. En effet, toute la famille fmdd est partie après le festival pour sa retraite en silence à Caromb (secteur Sud-Ventoux), suivie jusqu’à ce dernier weekend de l’animation de deux retraites en silence à Quézac (au cœur des Cévennes). Ce temps durant vous avez aidé à entretenir l’église, a célébrer, à jouer l’orgue, à chanter, à accueillir les différents besoins; parfois vous avez souffert des ennuis ; et bien nous sommes très reconnaissants et cela constitue une très belle "introduction à la joie" pour cette nouvelle année !!!

    FMDD animant une retraite en silence à Quézac (août 09)

    La ténèbre n’est point ténèbre devant toi…

    La croix, nous a accompagnés et continuera à nous accompagner dans cette année. Avec Marie nous croyons qu’elle peut être transformée comme l’eau en vin aux noces de Cana jusqu’à se réjouir en participant avec le Christ à ce qui manque à sa Passion aujourd’hui !!! Vrai introduction à la joie !!! Le témoignage de Magali, jeune fille de 22 ans, amie de tous les jeunes de l’aumônerie, passée au ciel cet été est le dernier mot de cette introduction à la joie. En effet, ses mots écris sur Facebook deux jours avant son départ, continuent à résonner frais dans nos cœurs : « La vie n’est que bonheur. Sachez-le »  Ces phrases jaillissaient après son OUI silencieux devant Marie à Lourdes !!! Laissons à Magali notre dernier mot. Elle nous donne la clé d’un démarrage plein d’espérance :  « Sachons-le ! »

    Magali avec son frère, Constance et sa maman à Lourdes

    Pentecôte 2009

    La Mission : Les champs sont blancs pour la moisson 

     Ma nourriture est de faire la volonté de celui qui m'a envoyé

    et de mener son œuvre à bonne fin.

    Ne dites-vous pas : Encore quatre mois et vient la moisson ?

    Eh bien ! Je vous dis : Levez les yeux et regardez les champs, ils sont blancs pour la moisson

    Jn 4, 35-38 

     

     

     

    Après la Venue du Fils dans notre chair humaine, sa Pâque et son Ascension aux cieux, nous sommes dans la Plénitude des temps. Même si tous les événements de l’histoire ressemblent seulement à une continuation de ce qui se passait avant, en réalité tout a été bouleversé. Tout est nouveau, il y a une nouvelle création. Désormais la vie de l’homme est habitée par la plénitude d’un Amour qui a tout touché, tout traversé, tout transformé. Le petit Fleuve de Vie qui jaillit du côté oriental du Temple, arrive à la mer de la corruption et guérit toutes les blessures. La mort a été engloutie par la Vie ! Nous sommes tous «menacés» de Vie !

    Paradoxalement, notre monde semble plus éloigné que jamais de l'expérience de cet Amour qui comble la vie dans les événements quotidiens. Il y a des guerres partout; les menaces terroristes sont à l’ordre du jour dès le début du Nouveau Millénaire; les souffrances de continents entiers comme l’Afrique ne cessent de grandir. Et surtout, plus proche de nous, nos sociétés sont plus éloignées que jamais de la religion dans laquelle des générations entières des nos ancêtres se sont reconnues. C’est dans un climat de «supermarché du religieux» où chacun choisit des miettes «mystiques» pour faire face à une faim d’Absolu qui n’arrive pas à être comblée. Des violences parcourent les cœurs, symptôme incontournable de notre incapacité à rejoindre la plénitude d’Amour qui habite au plus profond de chacun, mais qui demande à être reconnue.

    Où est-elle cette Plénitude des temps ? Est-il vrai que Dieu est en train de soutenir la vie de l’humanité ? Notre Dieu, s’occupe-t-Il de notre cause et de ce qui nous arrive? C'est seulement dans un climat  de Vérité que l'on peut voir les signes de Dieu dans ces temps qui sont les nôtres, dans lesquels l’Esprit du Seigneur est à l’œuvre plus que jamais. Peut-être n’y a-t-il pas eu de situation historique aussi privilégiée que la nôtre, pour que la virtualité de l’Evangile manifeste toute sa puissance de guérir et de renouveler les cœurs des hommes. Jamais comme aujourd’hui l’homme n'a été appelé à se débarrasser de tout ce qui est aléatoire, même dans le domaine du religieux, pour manifester une faim radicale dans la recherche de ce qui constitue le plus profond des désirs qui l’habitent. Le panorama semble radicalement éloigné des formules les plus extérieures de la religion, et c’est pour cela que le pessimisme s’installe chez beaucoup de chrétiens. Dans un premier regard tout semble disparaître, de là la tentation de la nostalgie ou de tout laisser perdre (gérer la décadence).

    Par contre c’est dans un climat comme celui-ci où l’essentiel se manifeste plus radicalement : «Homme de désir, éveille-toi» (Ap 22, 17): la finale de l’Apocalypse semble nous placer au cœur de notre temps. Qui est, en même temps, au cœur même de ce que Dieu a voulu nous donner dans la chair de son Fils: son propre Cœur; la soif infinie de son Cœur; sa passion d’Amour pour tous les hommes. Une passion cachée à cause de la délicatesse infinie d’un Amour qui veut gagner les cœurs dans la liberté totale. Le baiser fou d’un Amour qui s’est uni si fort à notre vie qu’il est devenu une seule chair avec la nôtre ! «Celle-ci est vraiment chair de ma chair» (Gn 2, 23), nous dit Jésus dans un cri émerveillé depuis sa Pâque et son Eucharistie ! À nos pieds Il supplie que nous lui laissions rejoindre nos soifs les plus profondes et les combler ! Avoir une soif folle est la condition d’entrée dans cette merveille de l'Amour. Se placer devant le Christ avec nos soifs dépouillées de tout maquillage, c’est la condition d’entrée dans la merveille du Fleuve de Vie qui jaillit de son côté ouvert ! Nous sommes dans le meilleur des temps pour cela !

    Dans la liberté du cœur il est possible de reconnaître les gémissements ineffables du cœur du Christ. Et de quelle manière Il vient combler toutes les aspirations les plus profondes de nos cœurs. La miséricorde infinie de son Cœur fait de nos péchés l’occasion d’un crédit illimité d’Amour. En buvant de sa coupe, jaillit dans notre intérieur la pureté d’un amour qui n’est pas le nôtre. Qui est le sien en nous ! Nos cœurs guéris et unifiés touchent et se réjouissent de la paix, de la disparition des violences, et surtout de pouvoir vivre tout comme une passion d’amour. La soif qu’Il a de notre soif nous unit dans un seul amour immortel avec Lui. Les blessures de notre humanité qu’Il a prise sur Lui, deviennent le lieu où Il nous demande nos vies par amour. Y a-t-il joie plus grande que d'être la cause de sa joie ?  

    La merveille de la mission prend tout son sens ici. Considérer la mission dans le registre du besoin par le petit nombre de chrétiens qu’il y a dans le monde c’est passer à côté de l’essentiel.  Dans le plein éveil de «l’homme de désir», qui a rencontré la perle précieuse, on a des yeux pour découvrir dans les visages de nos frères non seulement des problèmes, mais la merveille de vie qui les traverse même s’ils ne savent pas la nommer. En nous laissant pénétrer du dialogue d’Amour que le Christ a avec nos vies, on devient haut-parleur des paroles que notre Dieu prononce au cœur de nos frères. En partageant la nouveauté de l’Amour qui fait vivre des relations pleines avec nos frères on devient signe de crédibilité, pour tout homme qui recherche la communion avec les hommes. Plus encore la vie devient toute entière une passion de vivre et d’aimer.

    Tout cela nous l’apprenons dans l’école d’Amour de la Croix. Que seule Marie était capable de comprendre. Elle s’est associée de tel façon au cœur de son Fils, à sa Passion d’Amour, qu'elle a été la porte pour aider le «disciple bien aimé» qui ne comprenait pas trop la folie d’Amour dont il été aimé. Marie l’a accompagné de sa foi et de son esprit à la Pentecôte, et lui, de même que la première Eglise a pu recevoir le Grand Consolateur. Le feu d’Amour, le Baiser d’Amour de notre Dieu. L’Eglise retrouve toujours en elle son origine ! La nouvelle Pentecôte que Jean Paul II entrevoyait pour l’Eglise du IIIème Millénaire est sur le point de commencer !

     

         En ce moment je trouve ma joie dans les souffrances que j'endure pour vous,

    et je complète en ma chair ce qui manque aux épreuves du Christ

    pour son Corps, qui est l'Eglise.

    Car je suis devenu ministre de l'Eglise, en vertu de la charge que Dieu m'a confiée,

     de réaliser chez vous l'avènement de la Parole de Dieu,

    ce mystère resté caché depuis les siècles et les générations et

    qui maintenant vient d'être manifesté à ses saints

    Col 1,24

     

     

    P. Paco Esplugues Ferrero

     

    Présentation de Jésus au Temple

    A L'OCCASION DE LA FÊTE DE LA VIE CONSACREE

    Source : Alleluia Service n° 992

     

     

     

    La crèche blanche a une grande profondeur théologique, comme cela arrive souvent dans les manifestations de la religion populaire. La crèche aboutit tout naturellement à la fête de la « chandeleur », c'est-à-dire à la présentation de Jésus par Marie et Joseph au Temple de Jérusalem. A cette occasion, les santons de Noël s’habillent de blanc comme revêtus par une couche de flocons de neige. De façon très similaire il y a une discontinuité dans la continuité entre le baptême et la vie consacrée dans l’Eglise.[1] Tout est semence à Noël, de même que tout est semence au baptême. Il y a un changement d’habits des santons, comme si la neige de la grotte avait pénétré leurs entrailles jusqu’à les transformer de l’intérieur; il en est ainsi dans la vie consacrée.[2]

    La présentation de Jésus par Marie et Joseph au Temple est précisément un point d’aboutissement de l’Incarnation du Fils de Dieu. Une fois « enfoui » dans notre chair, quelque chose du ciel commence à transformer la terre ! Cette offrande de la vie du premier-né selon la loi de Moïse est un événement de consécration lourd de conséquences. L’Amour de Dieu s’est fait chair pour libérer les cœurs afin d’inaugurer la plénitude du ciel sur la terre[3], ou bien, comme le dit la préface de consécration de la messe, pour « hâter la venue du Royaume ».

    La vie consacrée est un état de vie tout fondé sur le baptême et dont l’existence est un signe manifeste de ce que le Seigneur nous a accordé par la grâce baptismale. La manifestation la plus évidente, celle qui marque la différence, c’est l’appel concret à suivre le Christ, comme l’Epoux, par la profession des vœux de pauvreté, chasteté et obéissance. Cependant, prononcer des vœux ne fait pas la sainteté et la sainteté de l’Amour n’est pas plus faible pour les baptisés qui n’en prononcent pas !

    Les uns comme les autres sont appelés à une maturité de l’amour et une évangélisation de l’affectivité : le baptême, la confirmation et l’eucharistie regardent vers la consécration du cœur, ainsi que la Parole de Dieu depuis l’Exode ; l’Eglise est le peuple sacerdotal consacré au Seigneur... Libres pour aimer jusqu’à « tout donner et se donner soi-même » ! Les conseils évangéliques sont, au premier degré, des règles de saine psychologie, c'est-à-dire d’un cœur qui dépasse la peur pour entrer dans l’amour qui bannit toute crainte (1 Jn, 4, 14), autrement dit rajeunissement de toute sclérose du cœur des hommes.

    Le baptême et la profession des vœux ne sont qu’une « belle » apparence si la transfiguration du cœur n’est pas présente ! Mais si elle se fait, grâce à l’amour jusqu’à la croix du Christ, alors la pauvreté devient joyeuse, la chasteté amour généreux, l’obéissance vraie liberté de soi pour pouvoir être concerné par la guérison des maux de la terre ![4]

    La vérification de l’acte du temple de Jérusalem : la consécration de l’enfant et la promesse sur Marie prononcée par Siméon, culmine au pied de la croix : le « Bien-aimé » s’offre librement pour nous. Marie s’associe à cette consécration, les deux cœurs traversent toutes les nuits et nous offrent le mystère de la jeunesse totale du cœur. Un cœur-pain, un vin nouveau pour enivrer notre terre non des lamentations sur « le célibat imposé » aux uns, ou « la pauvreté imposée » aux autres, mais d’un Amour transfiguré capable de désaltérer la terre.

    Les couleurs de ces cœurs sont très diverses: communautés anciennes (avec tant de signes de cœurs jeunes), communautés nouvelles (avec des vieillesses encore à transformer), baptisés mariés, et hommes et femmes qui osent continuer à aimer dans les épreuves. Toutes ces couleurs se rencontrent au pied de la croix. Ainsi l’image de Marie, toute jeune, de la « Pietà » de Michelangelo est le signe de l’amour de l’évangile. Amour-torrent, amour-rivière, pour, encore aujourd’hui, inonder la terre ; crèche blanche, comme une eucharistie sincère ! Amen.

     

     

    P. Paco ESPLUGUES FERRERO

    Avignon, 2 février 2009

     

     

    [1] Cf. Concile Vatican II, Const. dogm. Lumen gentium, n. 44.

    [2] Cf. Jean-Paul II, Exhort. apost. Vita consacrata, n. 23.

    [3] Cf. Concile Vatican II, Décret Perfectae caritatis, n. 1.

    [4] Cf. Préface de la messe de la Profession religieuse

    Noël 2008

    Noël, "la première communion de la Vierge"

     

    L'expression du grand musicien avignonnais O. Messiaen, qui a donné titre à une de ses pièces de piano, est un cadeau symphonique qui nous introduit cette année dans le mystère de Noel. Il s’agit de l’écoute de Marie des battements du cœur de son Fils, dans le silence de son sein. Symphonie divine, langage d’Amour qui a tissé ses notes pendant toute sa vie sur terre. Marie s’est accordée de plus en plus dans une eucharistie permanente de Nazareth au Golgotha.

    La « première communion » de Marie nous fait toucher du doigt le mystère de nos communions : le Bethléem actuel de nos grottes intérieures et de nos villes extérieures. Avec elle nous sentons le besoin que nos eucharisties deviennent communion aux battements du Cœur du Christ. C’est dans le silence et l’écoute de Marie que nous entendons les accords de l’âme humaine de Jésus, qui ne peut pas supporter que l’homme se maltraite autant ! Ce sont les battements d’un Cœur traversé par la Croix ! Elle est transformée, dans la communion de chair de Marie et Jésus, en pain et vin nouveau qui enivrent la vie : « amour torrent, amour rivière… pour aimer toute la terre, pour l’aimer toute entière » ! Ainsi au centre de la pièce jaillit le magnificat de Marie au rythme du chant pascal de son Fils.

    La famille MDD se sent concernée par ce chant… (les bons musiciens et les moins bons, des plus éloignés aux plus proches). Tant de motifs d’action de grâces au Seigneur pour cette année qui finit ! Nous nous sentons appelés à nous accorder au cœur de cette symphonie : l’échange de regards avec le Christ qui continue de porter sur Lui toute la terre ; le Cœur qui nous entraîne à lui laisser transformer l’eau en vin, les croix en chant de noces, les charges pastorales en maison du Pain (Bethléem)… ! Comme c’est beau d’affiner l’oreille et le cœur avec Marie !

    Tout au long de ces années de très nombreux frères et sœurs sont devenus école de ce chant pour nous ! Merci beaucoup pour votre aide ! La première communion de Marie a transformé la terre. Que nos communions aujourd’hui devancent la Nouvelle Jérusalem ! MARANATHA !!!

    Joyeux Noël :

    Famille Missionnaire Dialogue de Dieu

     

          

    La communion de la Vierge de O. Messiaen (Roger Muraro)

    Forum Universitaire (Avignon 1 mars 2008) : Bilan

    Source: Eglise d'Avignon no 38  

    Dieu, sauve t-il la raison? 

     La sagesse chrétienne peut-elle permettre à l’Université

    de devenir plus « elle-même »  

      

     

    En 2000, lors de la Ière Journée Européenne des Universitaires (Moscou-Rome), Jean Paul II a donné au monde universitaire européen une icône, Maria Sedes Sapientiae (photo), réalisée en mosaïque par le P. Rupnik, s. i., un artiste d’origine slovène. La valeur signifiante de ce geste et de cette icône est très profonde. La personne de Marie dans sa relation à Jésus révèle la profondeur de la sagesse humaine dans la relation « personnelle » à la Sagesse Divine. La mosaïque montre la fragmentation et la pluralité toutes deux porteuses d’une articulation profonde. Ce don aux Universitaires en dit  long sur la grande préoccupation du Pape pour que l’Université réponde pleinement à sa vocation de construction de la personne et la société d’aujourd’hui.

    En effet les Institutions académiques sont un lieu significatif de l’élaboration des dynamismes culturels par leur « pluralité articulée », dans l’horizon d’une définition concrète de l’identité européenne et de son apport significatif à la parfaite et  juste édification du  « village global » de l’humanité.

    La perspective humaniste qui caractérise la foi chrétienne constitue l’horizon adéquat d’un tel défi et une référence sûre pour tous ceux qui consacrent leurs énergies et leurs pensées à l’Université. Elle peut aider à former des personnalités solides, de vrais protagonistes et  serviteurs de la vie civile et sociale. Dans ce sens les dernières paroles de Benoît XVI dans son discours « non prononcé » à l’Université de la Sapienza de Rome  sont très significatives :  

    Qu'est-ce que le Pape a à faire ou à dire à l'université ? Assurément, il ne doit pas tenter d'imposer aux autres de manière autoritaire la foi, qui peut seulement être donnée en liberté. Au-delà de son ministère de pasteur dans l'Église et sur la base de la nature intrinsèque de ce ministère pastoral, il est de son devoir de maintenir vive la sensibilité pour la vérité ; inviter toujours à nouveau la raison à se mettre à la recherche du vrai, du bien, de Dieu et, sur ce chemin, la solliciter à découvrir les lumières utiles apparues au fil de l'histoire de la foi chrétienne et à percevoir ainsi Jésus Christ comme la lumière qui éclaire l'histoire et aide à trouver le chemin vers l'avenir[1].    

    La recherche de la vérité dans la liberté, qui est le propre du travail universitaire est  loin d’être entravée par la foi : c’est justement par les « lumières utiles venant de l’histoire de la foi » qu’elle peut se développer pleinement, non d’une façon appauvrie par différents positivismes ou éclatée sans cohérence. Les différentes branches du savoir peuvent être assemblées dans « la mosaïque » d’une sagesse personnelle et interpersonnelle qui tout en gardant leur juste autonomie s’unifient dans la construction de la personne !

    Ainsi un apport essentiel apparaît dans l’exigence de réorienter l’institution universitaire vers son inspiration éducative originelle. La fragmentation du savoir et une culture qui tend à le réduire à un simple instrument appauvrissent l’Université et rabaissent son niveau. Ainsi Benoît XVI dit:  

    Le danger pour le monde occidental - pour ne parler que de celui-ci - est aujourd'hui que l'homme, justement en considération de la grandeur de son savoir et de son pouvoir, baisse les bras face à la question de la vérité. Et cela signifie que dans le même temps la raison, en fin de compte, se plie face à la pression des intérêts et à l'attraction de l'utilité, contrainte de la reconnaître comme critère ultime. Du point de vue de la structure de l'université, il existe un danger que la philosophie, ne se sentant plus en mesure de remplir son véritable devoir, se dégrade en positivisme ; que la théologie avec son message adressé à la raison, soit confinée dans la sphère privée d'un groupe plus ou moins grand. Toutefois, si la raison - inquiète de sa pureté présumée - devient sourde au grand message qui lui vient de la foi chrétienne et de sa sagesse, elle se dessèche comme un arbre dont les racines n'atteignent plus les eaux qui lui donnent la vie. Elle perd le courage de la vérité et, ainsi, ne grandit plus, mais devient plus petite. Appliquée à notre culture européenne, cela signifie : si elle veut seulement se construire sur la base du cercle de ses propres argumentations et de ce qui à un moment donné la convainc et - inquiète de sa laïcité - si elle se détache des racines qui lui ont donné vie, alors, elle ne devient pas plus raisonnable et plus pure, mais elle se décompose et se brise.[2]    

    C’est pour cela qu’il est nécessaire d’adopter une attitude objective et positive dans la transmission de la connaissance c’est-à-dire qu’il n’y ait ni amalgame ni dérobade dans la référence de la raison humaine à la vérité. Lorsque l’on pose les fondamentaux dont on ne peut se passer, ceux qui caractérisent l’ auto-conscience réflexive de l’homme et qui ouvrent l’horizon de la connaissance, alors on affirme que  la culture n’est pas réduite au pragmatisme utilitariste et qu’au centre doit rester l’homme, avec sa dignité et ses exigences.

    La foi chrétienne réaffirme la position centrale, personnaliste et authentiquement humaniste de la culture. Aucun renouvellement n’est possible sur un plan historique et social s’il n’est pas précédé, soutenu et motivé par une profonde conversion personnelle. Elle seule garantit l’authenticité, préserve des masques opportunistes et rend capable de gratuité, sceau des maîtres de vie. « On ne voit bien qu’avec les yeux du cœur », disait Pierre Benoît dans sa conférence au Forum Universitaire du 1er mars à la Salle du conclave du Palais des Papes à l’occasion de la VIème Journée Européenne des Universités

    C’est sur cette ligne que l’Université est confrontée à des temps nouveaux  et des problématiques nouvelles en acceptant de se rencontrer elle-même. La dimension culturelle constitutive de la foi est ici interpellée afin de fournir un apport spécifique, dans le service, à une Université qui répond pleinement à sa vocation. La Sagesse de la foi a le caractère d’une dignité culturelle qualifiée dans le sens de Rawls comme le dit Benoît XVI dans son discours à la Sapienza. Et plus encore, poursuit le pape : « Elle est une force purificatrice pour la raison elle-même, q u’elle aide à être toujours davantage elle-même »[3]

    Le discours de Ratisbonne souligne aussi l’importance de cette Sagesse des religions qui pour le pape est l’unique façon de pouvoir vivre un dialogue pluriculturel raisonnablement fondé qui puisse dépasser les violences qui traversent « le village global ». Une Université qui se laisse pénétrer par l’aide de cette Sagesse des religions peut aussi trouver et offrir l’espace raisonnable d’un dialogue vraiment fécond qui désamorce le climat de « guerre des civilisations » lesquelles menacent notre monde, et dont nous sommes témoins au cours de ces dernières années[4].

    L’icône de Maria Sedes Sapientiae a présidé notre forum universitaire « L’espérance ne déçoit pas » au Palais des Papes et à la Métropole Notre Dame des Doms. Quelle richesse se cachait dans ce don de Jean Paul II prolongée d’une façon effective dans le magistère universitaire de Benoît XVI. Dans cette Université de 700 ans aux origines de la Renaissance, on pressentait l’aurore d’une nouvelle Renaissance. Celle d’un nouvel apport de la Sagesse chrétienne personnelle à la construction de « l’unité du genre humain ». Avec Marie les deux ailes de l’esprit humain, raison et foi, s’élèvent pour construire la civilisation de l’Amour. Université arrosée par les fleuves de la foi, Universalité garantie par une raison purifiée de l’égocentrisme. Nouvelle Évangélisation fondée sur le vrai respect de la liberté de l’autre, parce que fondée dans le Tout Autre ! Quelle merveille !!  

     

    Ma Isabel VELASCO ZAMARREñO 

    Equipe d’organisation du Forum Universitaire 

     


    [1] S. S. Benoît XVI, La raison invitée à  rechercher la vérité. Discours à l’Université « Sapienza » - Rome, Téqui, Paris 2008, pp. 20-21. Discours qu’ont reçu tous les participants au Forum du 1er mars.

    [2] Ibid, p. 19

    [3] Ibid, p. 18

    [4] A. Glucksmann in AAVV, Dio salvi la ragione, Cantagalli, Siena 2007 p. 112-113. Ce livre est d’une lecture très recommandable puisqu’il inclut le discours de Benoît XVI à Ratisbonne et l’apport de divers auteurs universitaires musulmans, juifs, chrétiens et autres sur l’importance de la Sagesse religieuse dans l’université actuelle pour un pluralisme fécond. Dieu sauve la raison.    

    Semaine Sainte en Avignon

      Religiosité populaire 

    « Le Christ fait-il quelque chose dans nos rues ? » 

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    Je me permets d’évoquer ici quelques souvenirs personnels sur les manifestations de la religiosité populaire. Les souvenirs sont importants pour façonner notre identité, donner chair et sang à nos idées et nous permettre de revivre et réinterpréter des moments cruciaux de notre vie.

    Dans mon enfance j’ai été familiarisé avec le mystère chrétien par ma mère : après la messe quotidienne elle nous menait à la chapelle de la communion de mon village et à coté de nous elle parlait à haute voix avec Jésus. La présence de Jésus restait imprégnée dans ma conscience d’enfant quand dans les processions de Semaine Sainte il traversait les rues du village avec les différentes images de sa Passion.

    De l’étape agnostique de ma jeunesse pendant laquelle j’étais étudiant de sciences économiques à Valencia, je me souviens qu’un vendredi saint, je croisais « par hasard » le regard du Christ dans une des images de la passion exposées dans la rue et qu’elle m’interpellait avec une force inouïe. Ce jour-là Oscar Romero mourait assassiné au San Salvador et le Christ semblait me dire « aujourd’hui ma passion continue… Veux-tu m’aider ? »   

    Ces souvenirs me parlent de la proximité de Dieu. Le mystère de l’Incarnation ne concerne pas seulement la naissance et la Passion du Seigneur dans un passé millénaire, mais l’incarnation de la grâce, ou la naissance de Dieu dans notre propre vie quotidienne. Jésus est vivant et Son Esprit continue d’interpeller, de guérir, d’enseigner, de pardonner, de consoler et de nous stimuler. Loin d’être une abstraction vide, cela se manifeste dans la liturgie mais aussi dans les images et les manifestations que la piété populaire a modelées  dans les traditions de nos cultures. La connaissance de l’incarnation se développe à mesure que l’on laisse ces images croiser les préoccupations de notre vie quotidienne. La présence dans les rues des manifestations de la foi permet de découvrir que cet espace est aussi plongé dans le mystère de Dieu et de sa passion pour les hommes !

    Après Vatican II on a eu tendance à minimiser l’importance de la «religiosité populaire». À juste titre, on insistait sur l’étude biblique et une participation liturgique plus importante. Mais ce faisant, on minimisait aussi les expressions populaires qui permettaient au sentiment religieux de se manifester davantage : les bénédictions, les processions, les pèlerinages aux sanctuaires, la dévotion du Rosaire, … en sont de nombreux exemples. Aujourd’hui, forts d’une expérience de quarante ans, nous constatons que les jeunes comme les moins jeunes ont besoin de ces expressions pour « raviver le don spirituel que Dieu a déposé en [nous] » (2 Tm 1, 6). Les JMJ, les pèlerinages à saint Jacques de Compostelle, les pastorales à l’Oratoire, la fête de l’Immaculée en Avignon qui a été cette année une grande surprise, les chemins de croix avec notre archevêque… en sont des témoignages évidents.

    La religiosité populaire est pour l'essentiel  un ensemble de valeurs qui, avec sagesse chrétienne, répond aux grandes interrogations de l'existence. Le bon sens populaire catholique est fait de capacité de synthèse pour l'existence. C'est ainsi qu'il fait aller ensemble, de façon créative, le divin et l'humain, le Christ et Marie, l'esprit et le corps, les charismes et l'institution, la personne et la communauté, l'intelligence et le sentiment, la foi et la patrie... Cette sagesse est un humanisme chrétien qui affirme radicalement la dignité de tout être comme fils de Dieu, instaure une fraternité fondamentale, apprend à rencontrer la nature comme à comprendre le travail, et donne des raisons de vivre dans la joie et la bonne humeur, même aux milieu des duretés de l'existence. Cette sagesse est aussi pour le peuple un principe de discernement, un instinct évangélique qui lui fait percevoir spontanément quand l'Évangile est le premier servi dans l'Église, ou quand il est vidé de son contenu et asphyxié par d'autres intérêts.

    Le Pape Jean-Paul II va très loin dans cette considération. Dans une allocution du 5 avril 1987, il n'hésite pas à voir dans la piété populaire un véritable "trésor" :

    "Oui, la piété populaire est un vrai trésor du Peuple de Dieu. C'est une démonstration continuelle de la présence active de l'Esprit Saint dans l'Église. C'est lui qui allume dans les cœurs la foi, l'espérance et l'amour, ces vertus suprêmes qui donnent leur valeur à la piété chrétienne. C'est le même Esprit qui ennoblit les formes si variées et si nombreuses par lesquelles s'exprime le message chrétien en accord avec la culture et les coutumes propres à chaque lieu, à travers tous les siècles. 'Il est donc nécessaire de mettre pleinement en valeur la piété populaire et de la purifier des incrustations indues du passé et de la rendre pleinement actuelle. Cela veut dire l'évangéliser, autrement dit, l'enrichir de contenus salvifiques porteurs du mystère du Christ' (19 octobre 1984)".

    Au cours de cette semaine sainte nous sommes invités à purifier notre regard. La passion du Christ lave les yeux de l’âme pour mieux percevoir sa présence dans nos frères. Reconnaître dans nos rues sa présence crucifiée, peut illuminer et imprégner notre conscience du fait que le Christ nous dit encore aujourd’hui : «veux-tu m’aider en tous ces frères qui souffrent des conséquences de l’égoïsme dans le monde ? En toutes ces mamans qui détruisent leurs enfants dans leur sein parce qu’elles ne sont pas soutenues dans leur maternité ? En tous ces jeunes qui ne trouvent pas de sens pour vivre et qui se suicident parce qu’il n’y a pas de regard pour leur montrer la valeur immense de leurs vies ? ... »

    Entre la place de l’Horloge et la Métropole, le vendredi saint de vraies rencontres avec le Christ peuvent avoir lieu. La chair et le sang du Christ se répandent, pas seulement dans l’espace privé de nos chapelles mais aussi dans tous les coins de nos villes et de notre monde !!!  

     

    P. Francisco ESPLUGUES mdd

     Source: Bulletin Centre-Ville d'Avignon

    Mars 2008

    Engagements définitifs

      Un grand jour pour la FMDD et notre diocèse   

      ALLELUIA N° 887 du 22 octobre 2006

    Service de communication du diocèse d'Avignon

     

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    Dimanche 15 octobre, à 18h30, dans la collégiale St-Agricol, Mgr Cattenoz a présidé la messe au cours de laquelle le père Paco Esplugues, Isabel Velasco et Daniella Weddle ont prononcé leurs voeux perpétuels au sein de La Famille Missionnaire Dialogue de Dieu. Il leur a remis l’Évangile, la croix, le chapelet, et le Livre de Vie de leur communauté, avant de recevoir l’engagement temporaire de leur sœur Cristina.

    Une très nombreuse assemblée était venue assister à la cérémonie, dans une atmosphère de recueillement et de joie où les chants, la prière, la musique instrumentale et le silence ont successivement traduit la participation fervente de tous. Autour de notre archevêque, une vingtaine de prêtres du diocèse étaient venus concélébrer l’eucharistie, parmi lesquels le vicaire général, Dominique Vallon, et le nouveau curé du Centre-Ville, le père Olivier Mathieu. Les paroisses de l’intra-muros, toutes représentées dans leur diversité, côtoyant les communautés religieuses, anciennes et nouvelles, installées dans le diocèse, ont vécu à cette occasion une très belle rencontre d’unité et de foi. La fin de l’office a d’ailleurs permis de nombreux échanges sur le parvis, où le père Paco, Isabel, Daniella et Cristina ont été chaleureusement entourés, tandis que Monseigneur et les prêtres présents étaient salués eux aussi par les fidèles, heureux d’avoir vécu ensemble ce grand moment dans la vie de notre Église.

    Pour visualiser les photos de la célébration cliquez ici

    Article en "Eglise d'Avignon"

     En remontant la Durance d’Avignon a Pertuis : une mission

     

    « C’est une joie très grande que deux églises-sœurs aient pu se rejoindre et partager pendant dix jours la foi, l’espérance, les souffrances, les attentes et les trésors cachés » : Ainsi s’exprimait le père Marc Langelo à l’issue d’une très belle expérience de mission organisée par l’église de Pertuis au cœur du Carême 2007. Elle avait pour thème « Laissez vous réconcilier » comme le rappelait à tous, personnes proches ou très éloignées, un gigantesque logo sur fond de la croix de Pâques suspendu sur la façade de l’église.  

    Et c’était bien cela le fil conducteur de cette initiative qui avait germé parmi un petit groupe de frères et sœurs de cette paroisse : Ils ont eu l’audace de croire qu’une initiative missionnaire pouvait devenir l’occasion d’une réconciliation  profonde entre les différentes réalités ecclésiales et un nouveau élan dans l’annonce de l’évangile. 

    Pertuis, ville en pleine expansion liée au développement technologique de la région, est située à l’extrême opposé d’Avignon dans le département du Vaucluse à proximité d’Aix en Provence. L’arrivée de nombreuses jeunes familles, qui a multiplié la population en très peu de temps, nécessite une présence ecclésiale qui rejoigne tous ces nouveaux venus. L’initiative de la mission est née dans ce contexte, d’abord comme un besoin de communion pour pouvoir ensuite s’adresser à tous ces nouveaux quartiers dans un esprit renouvelé.

    Autour de l’archevêque, un groupe important de personnes venues d’Avignon avait participé au Congrès sur la Nouvelle Evangélisation à Vienne (Autriche) ; il avait été l’occasion de partager les différentes expériences de la mission dans les milieux urbains d’aujourd’hui et c’est lors de cette rencontre qu’ont eu lieu les premiers contacts de la Famille Missionnaire Dialogue de Dieu avec les chrétiens de Pertuis à l’origine de cette mission.

    La première réunion avec le conseil pastoral de Pertuis a été très éclairante. Il ne s’agissait pas d’une « initiative de spécialistes venue d’en haut », mais d’un partage de frères et sœurs qui, vivant la foi dans la simplicité quotidienne, échangeraient les merveilles du Seigneur. Se rencontrer, mettre en valeur les différents noyaux ecclésiaux, écouter la Parole ensemble, réconcilier dans la foi partagée les différentes sensibilités, tout cela était prioritaire. L’élan ad extra devait s’harmoniser avec le renouvellement des racines. La vie chrétienne partagée des églises-sœurs a été le terreau de cette mission, tous à l’écoute du même Esprit.  

     

     Une initiative de Dieu qui n’a pas été « étouffée par les réalismes »

    Il faut souligner que le pari était audacieux, que la foi des personnes qui ont cru à l’initiative de Dieu a été très grande : Ils ne se sont pas laissés vaincre par « les réalismes » et cela a été la force de la mission … et aussi la source de la joie facilement partagée.

    Malgré plusieurs voix qui le déconseillaient, le groupe initiateur n’a pas considéré ce projet comme impossible. Les pères Marc et Sébastien ont osé accueillir cette communauté nouvelle de frères et sœurs venus d’ailleurs. Les jeunes de l’aumônerie des étudiantes d’Avignon et du groupe de prière ICTUS, qui ne se sentaient pas de grands apôtres y ont investi le meilleur d’eux-mêmes en période d’examens. Les frères et sœurs de l’École de la Mission Saint Paul abordaient une mission intensive ailleurs qu’en Avignon pour la première fois.

    Cette logique de l’évangile a été présente dans tout le déroulement ce qui a permis à chacun de prendre sa place. La mission est l’affaire de tous les baptisés en communion. Et cela est central dans l’appel que le Seigneur fait à la Famille Missionnaire Dialogue de Dieu : Que chacun puisse se réjouir et trouver sa façon de devenir témoin de Jésus. Cette mission n’a pas été une affaire de spécialistes mais un échange de foi à la mesure de tous, et qui pouvait rejoindre chacun.

     

     Une église riche de sensibilités chrétiennes

    Conçue ainsi, la mission a d’abord été un planning de multiples rencontres. Pertuis, mais aussi Villelaure et Ansouis, est une paroisse possédant une grande richesse de sensibilités ecclésiales modelée à travers le temps : enfants, jeunes, foyers de personnes âgées, catéchistes, groupes de prière, visiteurs de malades, équipes liturgiques, pastorale des éloignés, secours catholique, habitat et urbanisme, pastorale des funérailles, préparation au mariage, foi et lumière, fraternités de Foucault, renouveau, Taizé, catéchuménat d’adultes,  etc… visiter tous les groupes, écouter et partager avec chacun d’eux, prier et annoncer la Parole de Dieu, a rempli l’agenda de toute la semaine et le temps a parfois manqué pour toutes les visites.

    La journée commençait très tôt par la prière matinale à l’église et un partage très riche de la Parole, qui était la nourriture de la journée. C’est en entrant dans le « dialogue d’amour » que le Seigneur a pour chacun de nous en permanence, que nous pouvions devenir toute la journée « parole de consolation du Seigneur pour nos frères ». A la fin de chaque journée il y avait également un autre partage de la Parole, avec l’intention de nous aider les uns les autres à écouter le Seigneur dans toutes les circonstances de nos vies. Le reconnaître présent dans notre histoire est la clé de la joie de la vie chrétienne sans cesse renouvelée. A fur et à mesure que la semaine avançait, la chapelle se remplissait et débordait. Tous, nous rendions grâces à Dieu qui nous rassemblait.

    Le marché qui envahit le centre de Pertuis a été un lieu précieux d’évangélisation de rue et d’invitation à la mission : Des rencontres surprenantes, des personnes éloignées qui s’approchaient, des chrétiens qui n’avaient plus peur de témoigner,… Même, Monsieur le Maire nous a raconté son baptême à l’age adulte, dépassant ainsi la pudeur du « politiquement correct »… Ce n’était plus seulement le stand, mais tout le marché qui devenait lieu de mission tandis qu’un groupe de frères priait à l’église. On sentait un grand accueil des gens et l’élan pour entrer dans une autre étape de mission vers les quartiers nouveaux s’imposait de plus en plus. La mission oxygène le cœur des baptisés comme de nombreux témoins l’ont confirmé.

      Nous avons reçu l’invitation de notre famille MDD pour cette mission comme un service à l’Eglise dans l’esprit du don que le Seigneur nous appelle à vivre : une école de la mission dans laquelle chaque baptisé puisse développer la joie de l’annonce. Ainsi tous les membres de la famille, présents à Pertuis pendant les dix jours, ont reçu et partagé les immenses richesses que le Seigneur a données, souvent dans le secret, à de nombreux frères de cette paroisse. A l’intérieur des groupes réunis dans un climat de Dieu et de sincérité se révélaient des souffrances et des inquiétudes, mais aussi des témoignages de foi très grands qui nous ont tous réconfortés.

    Depuis longtemps, les frères et sœurs de l’École de la Mission Saint Paul et les jeunes du groupe Ictus (aumônerie des étudiants et groupe de jeunes professionnels) préparaient la mission avec nous. Tous, jeunes et adultes, ont collaboré, chacun à sa façon : certains ont pu se libérer pendant toute la durée de la mission, d’autres en fin de semaine … mais pour tous ce temps a été une expérience de transmission de la foi dans la simplicité et la communion. Le logo, les icônes, les théâtres pour les ados et pour les enfants (merveilleuse initiative), les réunions des adultes, l’évangélisation de rue, le témoignage dans les veillées de jeunes des deux samedis, la musique … ont traduit une présence fraternelle toute simple reçue par les paroissiens comme une très grande grâce.

    Lors du deuxième week-end un groupe de séminaristes du diocèse est venu participer à « une mission sur le terrain ». Leur témoignage complétait le cadre d’une véritable église-sœur qui trouvait la joie en se remettant en toute pauvreté dans les mains de Dieu. Cet esprit est devenu en fin de mission comme la note commune qui a été partagée lors du repas de clôture dans la grande salle des fêtes.

     

    « Ce que l’arbre a de fleuri vit de ce qu’il avait d’enterré… »

    Pour soutenir la mission il y a eu une aide cachée mais extraordinaire dont on sentait aisément la présence, celle d’un grand nombre de frères et sœurs contemplatifs de notre diocèse et d’ailleurs, qui priaient et s’offraient en silence pour que l’Esprit Saint puisse toucher les cœurs.

    Au fur et à mesure des différentes rencontres avec les malades, les handicapés, les retraités,… nous avons perçu cette église très vivante d’hommes et de femmes cachés qui partageaient ces souffrances, qui  priaient et soutenaient dans le silence les grâces qui apparaissaient à la vue de tous. On pourrait écrire des livres … Ils constituent le vrai récit de cette mission, et la force qui permet d’envisager la continuité avec beaucoup d’assurance. Quelle merveille !

     

    La joie complète de l’ami de l’Epoux

    Le « Seigneur était ici et je ne le savais pas » : Cette phrase de Jacob après sa lutte avec l’ange est un des constats les plus forts après la mission, autant pour ceux qui y sont allés que pour les frères et sœurs de Pertuis qui avaient la chance de pouvoir reconnaître ensemble les grâces déjà données au milieu d’eux.

    Dans cet esprit la mission n’a fait que commencer parce qu’il ne s’agissait pas de « passer » mais de semer des fruits qui continuent. Une grande joie nous est venue des frères et sœurs de Pertuis qui ont senti l’appel à vivre la mission comme une chose beaucoup plus simple que ce qu’ils imaginaient, qui ont témoigné de la joie d’annoncer et qui ont découvert que le partage dans la simplicité de la foi ouvrait des portes qui semblaient fermées au départ.

    Une joie toute aussi grande nous est donnée par les nombreux frères et sœurs d’Avignon qui, après avoir vécu ces jours ensemble, sentent que vivre l’évangile et le partager peut devenir une vraie guérison pour les cœurs qui ont soif de l’Amour de Dieu incarné. Peut-on demander davantage ?

     

    P. Paco Esplugues

    Famille Missionnaire Dialogue de Dieu